Rauru la maison maori

Rauru Le wharenui maori du Musée d'ethnologie d'Hambourg.
Rauru dans son habitat allemand avec la fenêtre ouverte dans le toit.

Lorsque vous visitez le Musée d’ethnologie d’Hambourg, tout au bout du 2ème étage de l’aile droite, vous vous trouvez face à face avec… Rauru !

Rauru est un wharenui maori : une maison commune typique de Nouvelle-Zélande. Il n’y en a que quatre en dehors du pays maori, dont deux en Europe (l’autre est à Londres). Dans leur « habitat naturel », les wharenui sont situés sur les marae, des enclos rectangulaires sacrés où les groupes, clans ou familles se regroupent pour traiter toutes les affaires importantes (économiques, culturelles…). Ce sont des maisons sacrées, mais pas des églises, ce sont vraiment des bâtiments liés à tous les aspects de la vie des communautés. Il s’y passe tout au long de l’année des célébrations religieuses, des rassemblements, des funérailles, ou toutes sorte d’évènements qui concernent la vie des communautés.

Dédiées en général à un ancêtre, chaque wharenui a un nom, une identité, son propre caractère. Elles ne sont pas de simples constructions et représentent réellement ledit ancêtre au travers de leur architecture : la tête est représentée par la sculpture située au dessus de la porte tout en haut d’un pilier central alors que les mahi, les deux côtés du toit sont ses bras qui accueillent les visiteurs, la poutre faitière est sa colonne vertébrale. A l’intérieur du wharenui, les poutres de la charpente sont les côtes de l’ancêtre et le pilier central, son cœur. Rauru a hérité son nom d’un ancêtre masculin important pour les Te Arawa, un groupement de tribus maoris partageant une origine commune : il y a une vingtaine de générations, leurs ancêtres sont arrivés en pirogue (arawa) de Polynésie où Rauru aurait vécu il y a une trentaine de générations. C’était un sculpteur extrêmement doué et reconnu (l’ancêtre, pas la maison) et on peut dire que Rauru (la maison, pas l’ancêtre) lui fait honneur car si on ne maîtrise pas trop l’art maori, on ne s’en rend pas compte mais ses créateurs ont fait preuve d’une exceptionnelle créativité dans ses sculptures.

Sculpture faitière de Rauru le wharenui maori du Musée d'ethnologie d'Hambourg
Du haut du toit, Rauru nous menace en nous tirant la langue et en… bref ! Il est menaçant :)

Et oui car en plus de leur rôle symbolique, les wharenui sont de véritables œuvres d’art sculptées et décorées de paua, une sorte locale d’ormeau dont la coquille est nacrée à l’intérieur. Rauru a été sculptée à Whakarewarewa, au nord de l’île du nord de Nouvelle-Zélande de 1897 à 1900 par les sculpteurs de talent Ānaha Te Rāhui, Neke Kapua et Tene Waitere, l’un des plus grands sculpteurs maori de la période coloniale. A l’origine, il n’a pas été réalisé pour être une véritable maison commune, il s’agissait d’une commande de Charles Nelson, un propriétaire d’hôtel ! Le Musée d’ethnologie d’Hambourg achète Rauru en 1907 puis il est reconstruit dans leurs murs en 1912. D’après ce que j’ai appris à son propos pendant mon stage, les Maoris venant rendre visite à Rauru témoignaient qu’il se plaisait bien en Allemagne mais qu’il était triste d’etre enfermé. En 2012,  pour son centenaire à Hambourg, le musée restaure Rauru et en profite pour faire quelques travaux dont… l’ouverture du plafond en fenêtres pour permettre à Rauru d’avoir contact avec l’extérieur !

On entre dans Rauru sans chaussures et c’est très agréable puisque le sol est en bois avec quelques nattes tissées ! Enfin ce qui reste le plus impressionant, c’est quand même l’intérieur avec des panneaux tissés de très jolies couleurs et des sculptures très expressives représentant différents mythes maoris sur les panneaux de bois : la femme oiseau Kurangaituku poursuivant Hatupatu, le demi-dieu Māui pêchant puis écrasé par la déesse de la mort Hine-nui-te-pō… J’aurais bien aimé comprendre toutes les histoires racontées par ces sculptures aux grands yeux de paua !

Le must :

L'intérieur de Rauru le wharenui maori du Musée d'ethnologie d'Hambourg
Sculptures expressives et nattes de couleur à l’intérieur de Rauru (au premier plan, son cœur).

Ce que j’ai trouvé impressionant, c’est que Rauru n’est pas seulement la représentation d’un wharenui, C’EST un wharenui ! Les communautés maoris d’Hambourg et plus largement d’Allemagne fréquentent Rauru pour leurs évènements divers puisqu’ils n’ont pas forcément la possibilité de se rendre jusqu’en Nouvelle-Zélande ! Lorsque j’étais à Hambourg, le musée a fait installer à l’entrée de Rauru un petit chevalet rendant hommage à un Maori décédé ayant été important pour Rauru et vice-versa.

Je trouve que c’est vraiment différent de voir des objets ethnologiques et de réaliser qu’ils sont utilisés au moment où nous les voyons, c’est vraiment comme un voyage ! Quand on entre dans Rauru et qu’on ne voit plus dehors, on peut penser que quand on va en sortir, on sera en Nouvelle-Zélande :) Spoiler alert : On en sort toujours en Allemagne…

J’ai été particulièrement intéressée par le fait que le musée essaie de préserver le mana, le pouvoir spirituel de Rauru en faisant respecter les diverses obligations comme enlever ses chaussures avant d’entrer etc. Peut-être que ça paraît logique mais je ne suis pas sûre que ça soit pareil dans tous les endroits.

Les + :

+ Le voyage spirituel en quelques instants en Nouvelle-Zélande.

+ Le fait d’avoir fait des travaux et ouvert le toit pour permettre à Rauru d’être en contact avec l’extérieur, c’est vraiment super et révèle bien, je trouve, l’esprit du Musée d’ethnologie d’Hambourg très respectueux des collections bien sûr mais également de leur signification en dehors du musée.

+ Devant Rauru on peut s’assoir et en apprendre davantage sur de petites tablettes, il y a aussi une vitrine à droite avec des objets maoris, l’endroit est donc bien pensé pour les Maoris mais aussi pour les visiteurs qui veulent en savoir plus.

Les – :

– La salle est exactement aux dimensions de Rauru mais du coup, ça coupe un peu le point de vue, on ne peut pas trop prendre de recul ni en faire le tour. On ne peut aussi que s’imaginer de quoi a l’air le toit.

– Je n’aime pas trop trop la couleur verte choisie pour peindre la salle autour de Rauru, un peu trop verte à mon goût et il y a un autre endroit peint en mode diorama de plantes néo-zélandaises qui pique un peu les yeux aussi. Après, c’est Rauru qui voit hein, on n’a pas forcément les mêmes goûts !

– La vitrine d’objets maoris est utile pour contextualiser mais je pense qu’il serait temps de lui donner un petit coup de frais.

Et toi, tu as rencontré Rauru ? Tu en as pensé quoi ?

„Das Haus Rauru, Meisterwerk der Maori“ [La maison Rauru, chef d’œuvre des Maori] au Musée d’ethnologie d’Hambourg – Tout le temps !

Temps de visite : Moins d’une heure.

Prix : 8,50€, pour tout le musée et franchement, il est énooooorme, il y a tellement d’expositions qu’il vaut mieux y passer la journée en mangeant au restaurant ! Je crois que pour les Maori, l’entrée est gratuite.

Plus d’informations par ici et aussi par . Rauru a même sa propre application pour smartphone !

  2 comments for “Rauru la maison maori

  1. Meunou
    juillet 28, 2015 at 1:18

    ça donne vraiment envie d’y aller ! Dès que j’ai un moment j’y file ! Je suis pas maori.

    • juillet 28, 2015 at 2:06

      Merci. Dès que tu l’auras vu reviens me dire comment tu as trouvé la visite !
      Et passe le bonjour de ma part à Rauru :)

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