Ecoute, donc ! Parcours de femmes des Monts d’Arrée

Affiche de l'exposition temporaire "Ecoute donc ! Parcours de femmes" de l'Ecomusée des Monts d'Arrée
Super joli non ?

Si il y a bien un endroit que j’adore, ce sont les Monts d’Arrée : les « montagnes » de Bretagne s’élevant à 385m ! Bon ok, on a connu plus haut mais figure toi qu’avant, genre il y a 300 millions d’années, c’était haut comme les Alpes ! Et oui, ça t’en bouche un coin non ? Et puis d’ailleurs tant mieux si ça n’est pas si haut, comme ça, ça n’est pas trop dur d’accéder à l’écomusée des Monts d’Arrée qui se trouve à Commana pour les Moulins de Kerouat et à Saint-Rivoal pour la maison Cornec.

Je vous raconterai une autre fois l’histoire surprenante de ce musée qui fut le 2ème écomusée français après celui d’Ouessant et imaginé par Jean-Pierre Gestin et Georges-Henri Rivière en personne (le papa du Musée des Arts et Métiers et accessoirement de l’écomuséologie), puisque ce jour-là, j’étais venue pour l’exposition temporaire sur le site de Commana : « Écoute, donc ! Parcours de femmes » et dont le nom éclaire assez le sujet, non ?

Assez sensible aux problématiques féministes, me voilà donc prête à me plonger dans le discours de ces femmes des Monts d’Arrée, prête à en apprendre un peu plus sur leurs vies sur ce territoire. On longe un mur de portraits que j’imagine être ceux des femmes intervenant dans l’exposition et puis on traverse un rideau de toile cirée représentant l’affiche de l’exposition et c’est parti ! J’aime beaucoup ces entrées d’exposition bien nettes, c’est un peu comme quand on commence un livre ou dans un récit fantastique quand un élément plonge les personnages dans un autre monde, vous voyez ? Bref, en gros, j’ai trouvé ça cool.

Entrée de l'exposition "Ecoute donc ! Parcours de femmes" à l'Ecomusée des Monts d'Arrée

L’exposition était divisée en plusieurs parties avec un déroulement chronologique. Dans chaque partie, des objets, images et une scénographie évoquaient l’époque en question avec aussi une citation au mur et des témoignages à écouter au casque. Directement, j’ai reconnu une vraie exposition d’ethnologue, avec entretiens de terrain et tout et ça m’a pas mal plu :)

Dans la première partie de l'exposition avec témoignages et photos en vêtements traditionnels
Ambiance religion et vêtements traditionnels dans les Monts des années 30 !

Dans une première partie, l’exposition traite à peu près des années 30 jusqu’à l’après-guerre et disons, les années 60. Dans les Monts d’Arrée, comme un peu partout en Bretagne, la religion était très présente comme l’illustre la grande première vitrine pleine d’objets religieux et les témoignages autour de l’école religieuse, du cathéchisme, etc. Ca ne rigolait pas avec la morale et les sorties ! Le travail de ferme était aussi important puisque ce territoire a toujours été très agricole et l’est actuellement toujours. La seule différence pour les femmes qui y travaillait en plus de leur tâches ménagères est quie leur activité n’était pas considéré comme aussi dure que celui des garçons !! Et oui, apparemment s’occuper des animaux c’est de la gnognotte (t’as déjà essayé d’imposer ta volonté à une vache ?)… Pourtant, certaines de ces femmes devront abandonner leurs envies d’ailleurs ou d’une autre carrière pour rester à la ferme où elle sont indispensable. Des sabots, une fourche évoquent cette période et un appel aux femmes à tenir leurs fermes date de la guerre, lorsqu’elles ont parfois du être seules aux commandes. Sur de nombreuses photos, elles portent le costume traditionnel des Monts d’Arrée. Les images, les objets et les différents témoignages nous font « sentir » cette époque que l’on connait souvent par la « grande » histoire et c’est agréable de l’entendre raconter des bouches mêmes qui ont vécu ces évènements, au travers de vies quotidiennes, enfin moi, ça me marque toujours beaucoup plus.

2ème partie de l'exposition avec les années 60-70
Les années 60-70, orange évidemment !

J’avance un peu et me retrouve en plein dans les années 60-70, avec un scénographie toute en couleurs. Ici l’exposition se penche sur une vraie période de transition pour les Monts d’Arrée : les campagnes se transforment partout avec la mécanisation de l’agriculture mais aussi l’arrivée des moyens de transports comme la voiture, parce qu’avant… on marchait ! Enfin c’est surtout qu’avant l’exode rural des années 60 et la désertification des campagnes, on n’avait pas forcément besoin d’une voiture pour subvenir à ses besoins puisque les commerçants ambulants passaient par les villages qui étaient beaucoup plus peuplés ! Ca me faisait toujours bizarre quand j’habitais à Commana (1108 habitants en 2012) d’essayer d’imaginer quand il y avait encore tout ces gens qui habitaient ou transitaient par la place du village… Et puis les machines rentrent à cette époque aussi dans les maisons : machine à laver le linge, la vaisselle, frigidaire… On pourrait croire que ça change la vie des femmes qui étaient chargées de toutes les tâches domestiques mais en fait, bah non, puisque ce sont aussi elles qui s’occupaient des machines ! Du coup, ça leur prenaient juste moins de temps ! C’est déjà ça me direz vous, oui mais moi je vous dirait que ça n’est pas assez :)

Alcôve culture et langue bretonne
Mon salon de rêve ^^

Dans un coin, une petite alcôve, j’écarte le rideau et entre, on y parle langue et culture bretonne. Dans les années 30, dans les Monts d’Arrée de nombreuses personnes ne parlent que le breton. L’école se charge donc de leur inculquer le français à l’aide de méthodes pédagogiquement euh… un peu rudes, et leur apprend à avoir honte de leur langue et de leur culture présentées comme paysannes. Suite à cela, beaucoup des parents de cette génération, découragent leurs enfants de l’apprendre. En une génération le breton décline donc suivant une logique parfaitement expliquée dans cette émission. Etonnament, vers la fin des années 70, c’est le revival, cette génération qui n’a pas appris le breton veut se réapproprier la langue, la culture et c’est le retour du fest-noz, la « fête de nuit » où l’on danse breton sur des mélodies traditionnelles parfois réactualisées. Quand on pense que le fest-noz a été reconnu en 2012 comme « Patrimoine culturel immatériel de l’humanité » par l’UNESCO, on se dit que l’histoire est décidemment pleine de rebondissements :)

Toute à mes réflexions, je me retourne et longe un mur de photos de classe anciennes des villages des Monts d’Arrée en noir et blanc : Lannédern, Hanvec, Loquéffret, Saint-Rivoal, Saint-Eloi, Lopérec… Toutes pleines d’enfants que j’imagine maintenant avoir la soixantaine, même plus, et des cheveux blancs ! L’exposition brise un peu son rythme chronologique pour se pencher sur l’école, qui a subi une drôle d’évolution dans les Monts d’Arrée. Instrument de francisation des campagnes dont j’ai parlé précédemment, l’école dans les Monts d’Arrée a évolué au rythme de la création à partir des années 80 d’écoles bilingues et Diwan (monolingue breton), jusqu’à ce que ce territoire devienne un des mieux doté en matière de bilinguisme breton-français ! Pour les femmes, l’école a aussi beaucoup évolué, fini aujourd’hui les cours d’économie domestique qui les préparaient à être de bonnes femmes d’intérieur, tous les enfants suivent le même programme. Dommage qu’on n’ai pas gardé la couture pour tous d’ailleurs, parce que ça m’aurait évité pas mal de déboires par la suite…

La douche sonore vue du dessous et son bouton déclencheur
Douche sonore vue du dessous (et le bouton pour la déclencher !)

Et, dans cette partie, je tiens à préciser qu’il y a un témoignage dans une douche sonore !! Alors ça ne vous dit peut-être rien mais moi j’adore les douches sonores : c’est un peu comme une grosse lampe, comme vous pouvez le voir sur la photo, sauf que ça diffuse du… son ! La magie de ce dispositif, c’est que si vous êtes en dessous, vous l’entendez, mais si vous vous écartez, vous n’entendez plus rien !!! C’est un peu le top de la pointe de l’équipement sonore des musées quoi, le MUST ! Autre chose que le casque audio et carrément mieux que le a »son-qui-tourne-en-boucle » aussi appelé le « son-qui-donne-envie-de-se-tuer-et-de-tuer-tout-le-monde-dans-le-foutu-musée-et-c’est-encore-bien-pire-quand-tu-travailles-à-l’accueil »… Bon ok, le seul truc c’est que la douche en question était super haute et que du coup je ne l’avais pas vue, mais une fois compris c’était vraiment cool !

Suite à cette merveilleuse expérience de la douche sonore :) Je passe dans la dernière partie de l’exposition : l’actualité des Monts d’Arrée ! Où nous rencontrons des femmes jeunes qui y vivent aujourd’hui, soit qu’elles aient décidé de s’y installer, soit qu’elles y aient grandi. Déjà, l’exposition pointe que les Monts d’Arrée sont identifiés comme un territoire plutôt par les générations récentes, les plus anciennes font plus généralement référence à leur village, intéressant non ? Et donc, qu’est-ce qui les rassemble ces femmes qui habite là ? Et bien elles mettent en avant le retour à la terre, moins de stress qu’en ville, une certaine forme de militantisme en fait. « Ul lec’h evit ar re n’ho deus ket re ezhomm eus ar sistem » (Un endroit pour ceux qui n’ont pas trop besoin du système) comme le dit Loeiza, une des femmes témoins de l’exposition. C’est vrai que les Monts d’Arrée souffrent de préjugés sur la vie rurale alors qu’en fait, le monde associatif y est dense et très actif. Même si c’est vrai que pour s’y installer, il faut bien avoir compris que tout n’est pas à proximité, il s’y passe des choses comme le montre toutes les affiches de festivals et festoù-noz du mur ! Par contre, j’ai eu un peu plus de mal avec le discours passéiste d’un témoignage, comme si le retour à la campagne signifiait un retour au « bon vieux temps » du « bon sens paysan » et du « c’était mieux avant ». Déjà, avant c’était pas forcément mieux, genre tu pouvais mourir de vachement de trucs qui paraissent ridicules aujourd’hui, en plus, dans les villages, si tu étais un peu différent, tu pouvais vite être exclu puisque tout le monde savait tout sur tout le monde, ET la pizza n’était pas répandue jusqu’en Centre Bretagne, ce qui donne vraiment à réfléchir. Alors voilà, ok, moi aussi je préfère les légumes qui poussent dans la terre, les poules qui ont déjà vu le ciel et je ne suis pas particulièrement fan d’avaler des produits chimiques et des matières plastiques à gogo mais je ne pense pas que la solution soit de tout jeter depuis la révolution industrielle. Bref, si j’étais un peu chafouine sur la fin, j’ai vraiment apprécié le discours d’autres témoignages axés sur les initiatives, qui donnent une image des Monts d’Arrée qui me paraissait proche de ce que j’avais vécu lorsque j’y habitais : un endroit où tout peut se passer si tu veux bien te donner la peine de l’organiser :)

Dernière partie de l'exposition
L’actualité des Monts d’Arrée

Et voilà, sur cette belle réflexion, je suis ressorti de l’exposition, traversant une autre toile cirée faisant office d’ours (l’ours c’est là où tous les noms des contributeurs sont affichés !). Comme l’exposition était jonchée tout du long de dates importantes d’évolutions sociales ayant touché les femmes, je vous en ai fait une petite sélection avant de vous laisser : 1944 : Droit de vote des femmes – 1965 : Droit de travailler sans autorisation du conjoint – 2013 : Droit de porter un pantalon #OMG !

Le must :

Pour moi, le vrai must était dans la démarche de l’exposition qui était une vraie exposition d’un vrai écomusée.

Je vous explique : au début, les écomusées ont été créés par un certain Georges-Henri Rivière dans les années 70. A cette époque, les campagnes françaises étaient en plein changement comme l’explique très bien l’exposition dont nous avonc parlé plus haut. Pour que les cultures rurales « traditionnelles » ne sombrent pas définitivement dans l’oubli, les écomusées sont créés pour les conserver ! Mais pas que, ils ont aussi pour mission de faire comprendre le territoire, d’être des « centres d’interprétation ». A la base, il s’agissait pour les écomusées de conserver la mémoire du territoire et de la valoriser mais aussi d’expliquer ses évolutions. Malheureusement, comme vous pouvez le constater, ces missions sont un peu difficiles à réaliser puisqu’il est très difficile de savoir ce qui sera plus tard considéré comme du patrimoine ! Du coup, certains se sont un peu perdus en route et ont arrêté leur évolution à ces fameuses années 70… C’est pour cela que les écomusées passent pour des musées « du passé » qui renseignent sur les charrues ou le filage de la laine, mais à la base, l’idée était beaucoup plus ambitieuse !

C’est pour ça que cette exposition m’a plue. Je savais déjà que l’écomusée des Monts d’Arrée avait l’ambition de renouer avec les objectifs premiers des écomusées mais là, c’était vraiment flagrant ! L’exposition réunissait les trois critères clés : elle parlait vraiment du territoire en expliquant son présent par son histoire et en mettant en valeur ses évolutions et les questionnements récents le concernant. En plus, l’exposition posait aussi des questions sur des  thèmes plus larges comme l’égalité entre les hommes et les femmes, l’évolution des campagnes, la place des langues minoritaires… C’était vraiment intéressant et ça donnait à réfléchir ! Le combo parfait non ? :)

Les + :

Ambiance café dans la 3ème partie de l'exposition
Scénographie proche de ce que les concepteurs de l’expo ont du vivre pendant les entretiens :)

+ Une exposition vraiment ethnologique avec des témoignages recueillis auprès des habitantes qui évoquaient vraiment la vie quotidienne et qui permettaient de sentir proche ou du moins touché par ceux-ci.

+ La scénographie était super, surtout quand on sait que l’écomusée des Monts d’Arrée n’est pas un musée particulièrement grand et qu’il ne fait appel à aucun scénographe ! C’est aussi dans ces cas-là qu’on se rend compte que la mutualisation du matériel est une vraie bonne idée (cf les prêts du Musée départemental breton de Quimper).

+ Il y avait beaucoup de breton, et moi j’adore ça, je trouve ça vraiment bien de mettre en valeur cette langue qui est tellement liée à ce territoire.

Les – :

– Les dates ne sont pas très très claires donc on croirait que les témoignages sont faits par génération mais au final ils sont plutôt organisés par périodes, c’est un peu confus.

– Beaucoup de thèmes sont traités au cours de l’exposition, normal puisqu’elle traite des femmes dans les Monts d’Arrée d’une manière générale, mais ceci dit, c’est parfois un peu trop superficiel ! Enfin je parle pour moi bien sûr, j’adore lire pendant des heures et avoir des tonnes de détails ;)

Et toi, tu l’as visitée ? Tu en as pensé quoi ?

„Ecoute donc ! Parcours de femmes“ à l’Ecomusée des Monts d’Arrée – Du 29 Mars au 30 Octobre 2015

Temps de visite : Entre 1h30 et 2h, toujours quand on lit tout comme moi ;)

Prix : 4,50€, pour tout l’écomusée (expo temporaire + Moulins de Kerouat).

Plus d’informations par ici !

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