„Come, little friend“, des animaux et de l’art

L'affiche de l'exposition "Come, little friend" au château d'Agathenburg
L’affiche aux petits oiseaux

Vous ne le saviez peut-être pas, mais je suis extrêmement intéressée par tout ce qui touche de près ou de loin à la nature et aux animaux non pas juste parce que c’est mignon et cool, parce que parfois d’ailleurs ça ne l’est pas, mais parce que tout ce que les humains peuvent projeter dans leur relation avec leur environnement m’intéresse (sinon aussi j’aime bien bricoler avec des faux petits oiseaux #raisonoff). Pour la raison que vous choisirez de croire, je me suis donc instantanément retournée sur l’affiche de l’exposition „Come, little friend“ – Tiere als Vermittler in der aktuellen Kunst [L’animal comme médiateur dans l’art actuel] dans le U-bahn. Ayant bien l’impression que les artistes exposés devaient avoir fait mieux qu’un pique à cheveux, je me décidais donc à y aller.

Je vous épargne mon périple en S-bahn jusqu’au Château d’Agathenburg, son joli parc et son exposition permanente très joliment muséographiée que je vous raconte ici et qui m’a donné plein d’idées pour quand je serai conservatrice du patrimoine #lol. A la suite de cette visite fort cool, j’étais donc au premier étage du château ou se trouvait l’entrée de l’exposition que je cherchais : « Come little friend » (à peu près = Viens petit ami). Le titre, apparemment une citation de Darwin, était écrit bien clairement en rouge sur le mur de gauche et, à droite, deux cadres poilus inaugurait le propos et représentaient plus ou moins Adam et Eve en chimpanzés ! Il s’agissait de Affam et Äffa (2005) de Inge Pries, artiste allemande résidant à Hambourg et réalisant des toiles sur le thème du rapport humain-animal peintes selon les techniques des maîtres classiques. Ca s’annonçait plutôt bien !

Pique à cheveux fait maison par McLovin avec un faux petit oiseau
Le pique à cheveux réalisé par les mains expertes de McLovin
Sans Titre d'Anca Munteanu Rimnic (2013)
Sans Titre d’Anca Munteanu Rimnic (2013)

L’exposition remplissait 4 salles blanches au parquet grinçant, une scénographie toute en simplicité donc mais qui, comme souvent avec le blanc, mettait bien en valeur les œuvres. Dans la grande première salle, je suis tombée directement sur l’œuvre vue sur l’affiche, un sans titre de 2013 d’Anca Munteanu Rimnic, artiste roumaine, composé de faux oiseaux piqués sur un socle de bois et avec leur photo au dessus (un peu dur à expliquer, regardez plutôt la photo :) ). Je me suis demandée si l’œuvre était une représentation de la nature, et la photo une représentation d’une représentation de la nature = l’éternelle interrogation à propos de ce qu’est l’original et son éventuelle copie ? J’ai cherché des renseignements sur l’œuvre mais n’en ai pas trouvé. Et vous, vous en pensez quoi ?

Toute à mes réflexions, je suis entrée dans la petite salle de droite où se trouvait un groupe de sculpture d’Anne Koskinen réalisé en 2008 : des animaux tués sur la route qu’elle a ensuite recouverts de bronze, un peu angoissant j’avoue et surtout extrêmement réalistes, j’ai même sursauté en me retournant… je n’avais pas vu le renard par terre !! L’artiste finlandaise a ramassé ces animaux sur la route entre Helsinki et Pori (250 km, 3h de route), en Finlande donc, et a donné nommé sa série « Deus Protector Noster » qui est aussi la devise de la ville de Pori. Les corps des animaux morts sont recouverts de bronze et insérés dans la sculpture, les transformant en œuvre mais aussi en relique. Anne Koskinen pose par là la question de l’original et de la copie mais dit vouloir aussi attirer l’attention sur notre impact sur la nature. Cette ambiance étrange m’a rappelé le travail de Petrit Halilaj, vu à la Bundeskunsthalle de Bonn et qui a également réalisé des sculptures animalières en matières organiques et excréments #bonappétitbiensûr pour faire revivre les animaux du Muséum de Sarajevo, liquidé suite à la guerre. Vous pouvez retrouver le travail d’Anne Koskinen plus en détails ici.

Les sculptures d'animaux recouverts de bronze "Deus Protector Noster" d'Anne Koskinen (2002)
Les animaux-reliques « Deus Protector Noster » d’Anne Koskinen (2002)
Sac et fiches de médiation de l'exposition "Come, little friend"
Le petit sac et les fiches de médiation !

Dans la même petite salle, j’ai pu trouver le dispositif de médiation de l’exposition : un petit sac papier rempli avec différentes fiches, une pour chaque artiste. Pratique pour se déplacer dans l’exposition, il suffisait de le remettre à sa place à la sortie ! Par contre il n’y en avait qu’un, je me suis dit que ça ne devait pas être l’émeute tous les jours dans l’expo, d’ailleurs j’étais toute seule. Enfin bref, l’idée était bien trouvée.

J’ai continué ma visite via la grande salle direction une autre petite salle ou était projeté une performance filmée d’Anca Munteanu Rimnic (l’artiste roumaine des petits oiseaux) réalisé en 2013. Déguisée en monstre des Carpates style yéti tout poilu et noir, l’artiste écrasait des verres (oui oui, à boire) en marchant et en s’asseyant dessus, tout ça sur fond blanc. C’était assez captivant et toute l’exposition était remplie du bruit des bris de verre, seuls sons de la vidéo, avec l’explication c’était encore mieux mais je vous raconte ça plus bas parce que j’ai vraiment aimé.

La peinture Vielfraß d'Inge Pries (2009)
Tel chien tel maître ?
Vielfraß d’Inge Pries (2009)

Dans la dernière salle, un peu plus grande, il y avait à gauche une vidéo en stop motion d’Augustin Rebetez, artiste suisse, nommée « Oiseaux » et datant de 2014 qui m’avait l’air d’un trip sous acides, d’une crise de schizophrénie ou d’une vision quelque part entre rêve et cauchemar je ne sais pas trop ! Un petit extrait est disponible . Je pense qu’il me manquait sûrement quelques clés de lecture, je n’ai pas compris pourquoi la vidéo s’appelait « Oiseaux », du coup je n’ai pas non plus saisi ce qu’elle faisait dans l’exposition mais elle était bizarrement assez captivante. Vous pouvez en voir un extrait ici et si vous avez plus d’explications, je serais heureuse que vous m’en fassiez part en commentaire :) Sur le mur autour s’étalait de nombreuses photos du même artiste en différents formats qui m’ont laissée penser que ce M. Rebetez devait décidément bien aimer travailler les ambiances étranges et cultiver un certain malaise ! J’ai bien aimé ce choix d’images, elles allaient bien ensemble et puis j’aime bien quand je ne comprends pas tout mais quand même, j’aurais bien aimé comprendre un petit peu plus, tu comprends ? Pour mieux cerner l’univers d’Augustin, tu devrais faire un petit tour sur son site. Dans cette salle se trouvaient également d’autres œuvres d’Inge Pries (la dame des singes à l’entrée). Ses dessins et peintures posaient la question de la limite entre humains et animaux, dans une ambiance également un peu étrange ! Une salle un peu bizarre donc :)

Grande salle centrale de l'exposition avec les "barrières" Paradise Now 1 + Now 4 de Krištof Kintera et à gauche la série de photos sans titre de Juul Kraijer.
Les barrières fun Paradise Now 1 + Now 4 de Krištof Kintera et à gauche la série de photos sans titre de Juul Kraijer.
L’entrée de l’exposition se situait à droite.

Enfin, la visite se terminait par un retour dans la première salle, face à moi d’étranges barrières détournées ressemblant à des cerfs ou des rennes il s’agissait des œuvres « Paradise Now1 + Now 4 » datant de 2009 de Krištof Kintera, artiste tchèque habitué des détournements d’objets du quotidien, son travail est visible ici. A ma gauche, une série de photos de Juul Kraijer, artiste néerlandaise, ayant fait poser un mannequin avec diverses espèces animales : serpents, chouettes, c’était vraiment étonnant comme travail, et l’explication insistait sur le danger de s’exposer avec une chouette sur la tête. Ceci dit, bien dressé, je ne suis pas persuadée que ça soit beaucoup plus dangereux que de s’approcher trop du chien mal dressé du voisin beauf, d’ailleurs à Tokyo, il existe un café avec des chouettes mais BREF on s’éloigne du sujet là ! Toujours est-il que la mannequin avait un visage vraiment tranquille, la petite fiche du petit sac insistait aussi sur son physique proche de ceux de la peinture classique hollandaise mais je ne sais pas si je m’aventurerais aussi loin, ni si je me mettrai un jour une chouette sur la tête ou des insectes sur le visage… Pour vous faire une idée, les photos de la série sont visibles ici.

En sortant de cette salle par là où j’étais rentrée, je suis ressortie me perdre dans les jardins jusqu’à ce qu’un chien agressif, probablement pas très médiateur dans l’âme celui-ci, me persuade d’abréger mon séjour et de reprendre le U-bahn vers Hambourg, décidemment très animale comme après-midi.

Le must :

La performance filmée Ursu / Bear d'Anca Munteanu Rimnic (2013)
Ursu / Bear d’Anca Munteanu Rimnic (2013)

J’ai vraiment été très intéressée par le travail d’Anca Munteanu Rimnic : c’est déjà elle qui m’avait, par l’objet de l’affiche, fait venir jusque là, et j’ai beaucoup aimé sa vidéo, mais également son sens caché expliqué sur la fiche artiste. Il s’agissait, comme dit précédemment, d’une performance filmée à la PSM Gallery de Berlin avec elle-même déguisée en sorte de yéti et écrasant des verres en marchant et en s’asseyant dessus. La démarche du monstre, le déguisement, tout cela était très enfantin et toute cette casse de verre avait quelque chose de jouissif qui m’a fait sourire. On entendait seulement les bruits de verre cassés et la vidéo avait un côté comique, comme un dessin animé en fait.

Après avoir regardé seulement, j’ai lu la petite fiche liée à l’œuvre et j’ai appris que l’artiste, originaire des Carpates roumaines, avait réalisé cette performance afin de raconter une histoire de son pays d’origine. Une fabrique de cristal de haute qualité avait du fermer et des centaines de travailleurs avaient perdu leur emploi, délaissant la ville qui vit les ours des Carpates revenir et reprendre possession de la ville, mangeant dans les emballages de l’ancien supermarché.

Je ne m’attendais pas du tout à ce type d’explication, et j’ai beaucoup aimé l’ambivalence de ce travail entre divertissement enfantin et histoire vraiment actuelle, cruellement réelle mais ressemblant quand même un peu à un conte, étrange non ?

Les + :

+ Le sujet m’intéressait depuis longtemps, j’aime particulièrement les œuvres d’art contemporains qui se mêlent à la nature ou qui l’utilisent d’une manière ou d’une autre. Je ne dis pas que je cautionne mais au moins les questions qu’elles posent sont souvent intéressantes.

+ Les œuvres étaient presque toutes particulièrement récentes, 2013, 2014 parce que voir une exposition d’art contemporain avec des œuvres datant déjà de 10 ans, bah c’est bien aussi mais du coup c’est moins contemporain !

+ Le petit sac contenant les fiches de médiation était original et aussi pratique.

+ Cette exposition était pour moi de très bonne qualité, et m’a permis de découvrir le Château d’Agathenburg. C’est un bon exemple de l’avantage des expositions temporaires et du fait que l’on peut mêler art contemporain et autres sujets pour faire vivre son musée !

Les – :

– Finalement j’ai tellement aimé que c’était trop court !

– Les fiches dans le petit sac étaient toutes uniquement en allemand #argh Heureusement les textes étaient assez court, pour moi ça allait mais j’imagine que ça n’est pas le cas de tout le monde.

– Le chien dehors, bordel tenez le en laisse !!

Et toi, tu l’as visitée ? Tu en as pensé quoi ?

„Come, little friend“ – Tiere als Vermittler in der aktuellen Kunst [L’animal comme médiateur dans l’art actuel] au château d’Agathenburg – Du 3 Mai au 21 Juin 2015

Temps de visite : Moins d’une heure.

Prix : 4€, pour tout le château. Tout à fait donné quand on pense qu’on a sous les yeux des œuvres d’artistes internationaux et vraiment reconnus.

Plus d’informations par ici !

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